A Zvad

Photo prise à Gori le 9 août 2008. Crédit: Gleb Garanich/Reuters.

Photo prise à Gori le 9 août 2008. Crédit: Gleb Garanich/Reuters.

Un homme ravagé par la douleur tient son frère mort dans ses bras. Derrière lui, les décombres d’un quartier de Gori, petite ville géorgienne à l’Ouest de Tbilissi bombardée par les Russes durant le conflit. Cette photo a fait le tour du monde. Une image symbolique du conflit russo-géorgien d’août 2008. Mais aussi et avant tout, une tragédie prise sur le vif, le chagrin incommensurable d’un homme qui vient de perdre un des êtres qui lui était le plus cher.

Zaza Razmadze à Gori le 30 juillet 2009.

Zaza Razmadze à Gori le 30 juillet 2009.

Cet homme, nous l’avons rencontré. Il s’appelle Zaza Razmadze, 36 ans. Nous le retrouvons dans la casse où il travaille. De part et d’autre, de petites cabanes de bois regorgeant de matériel et de produits pour les voitures : des enseignes de taxi, des pièces détachées. Nous entrons dans l’une d’elles pour parler avec Zaza. Au fond de ce réduit, une sorte de fontaine de briques rouges surmontée d’une plaque de marbre noir : un autel construit par Zaza en mémoire de son frère, Zvad, mort à 33 ans dans les bombardements du 9 août 2008.

Regard baissé, la main caressant nerveusement le bois de la table à côté de lui, Zaza ne parvient pas tout de suite à nous raconter son histoire. Il hésite, se tait. Détourne le visage, puis reprend la parole. Ce 9 août, il s’en souvient comme si c’était hier. Ce jour-là, il travaille à la casse quand soudainement, il voit des avions bombarder le quartier dans lequel vit son frère, sa jeune femme de 28 ans enceinte de 8 mois et leur fils alors âgé de 8 ans. Il part précipitamment pour se rendre sur place. Etat de choc. Partout autour de lui, les maisons en flammes, les ruines fumantes. Paysage de désolation. Et sur le sol gît le corps de son frère. Il ne comprend pas tout de suite, croit que Zvad est seulement blessé. Il retire sa chemise pour essuyer le sang sur le visage de son frère. Et réalise l’impensable. Zvad est mort. Il tient son cadavre dans ses bras. « A ce moment-là, mon coeur s’est brisé pour toujours », souffle Zaza. Il apprend  ensuite que la femme de Zvad a elle aussi perdu la vie. Seul leur petit garçon, mis à l’abri par Zvad, a survécu.

Zaza s’est d’abord isolé du reste du monde. Pendant de longs mois, il a vécu seul dans un cabanon, des photos de son frère placardées partout sur les murs. Celle de la tragédie, entre autres. Des jours et des nuits parcourus de cauchemars et d’hallucinations. Mais avec le soutien de ses proches et de ses amis, il est peu à peu sorti de cette réclusion morbide. Encouragé par sa famille, il s’est marié il y a deux mois. « Si je ne l’avais pas fait, je serais devenu fou ».

De son frère, il ne lui reste pratiquement rien. Tout a été détruit par les bombes russes. Sauf le téléphone de Zvad. Il a repris son numéro. Zaza relève la tête, plonge son regard intense dans le notre. Nous nous embrassons. Il esquisse un sourire.

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2 Réponses

  1. comment l’avez-vous retrouvé ?

    • Nous l’avons cherché dans Gori, qui est une petite ville. De plus, Zaza est désormais tristement connu à cause de cette photo. Beaucoup de gens viennent lui demander des services ou de l’argent, pensant naïvement qu’il pourra les aider. Or lui, personne ne l’aide. Une célébrité dont il se serait bien passé…

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