Une vie en ruines

Une ruine. Voilà ce qu’il reste de la grande maison de la famille Tedleachvili, incendiée durant le conflit de l’été dernier. La carcasse de béton se dresse, pitoyable, au milieu dune végétation anarchique, à l’entrée de Karaleti, un des rares villages qui porte encore les marques de la guerre. Au rez-de-chaussée, désormais ouvert à tous les vents, se trouvent un lit déglingué et une antique cuisinière. En face, à peine à deux mètres, une maisonnette grise, le logement construit et financé par des ONG et le gouvernement géorgien pour abriter les Tedleachvili pendant l’hiver.

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Nous sommes au mois d’août et ils vivent toujours entassés à cinq dans ces 20 mètres carrés : Lamara, 65 ans, un de ses fils, Guenadi, sa femme et leurs deux enfants.

« C’est totalement injuste, se lamente Guenadi. Nous étions trois familles à vivre dans cette maison et nous avons reçu la même aide que celle accordée à deux familles. On nous a donné de l’argent pour reconstruire la maison, mais c’est très insuffisant. » Avant, il faisait du commerce et travaillait souvent sur un grand marché du côté ossète. Catégorique, il affirme que le conflit de 2008, la fermeture de la frontière, tout ça, ce n’est qu’une « histoire de business ». « Saakachvili a déclenché cette guerre à cause du business, martèle-t-il. Il voulait récupérer l’argent qui se faisait en Ossétie. »

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Guenadi ne sait pas par qui la maison a été détruite. Les Russes ? Les miliciens ossètes ? Durant la guerre, la famille est partie se réfugier à Tbilissi. A son retour, en voyant qu’elle avait tout perdu, Lamara est tombée malade. Sur le perron, cette femme au regard usé et implorant, se désole : « J’ai vécu toute ma vie dans cette maison, gémit-elle. Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Ma retraite ne me suffit pas. Je dois choisir entre acheter de la nourriture ou des médicaments. » Elle semble à bout de forces. Son fils, lui, est en colère. Il veut déposer plainte, poursuivre le gouvernement, afin d’obtenir une compensation. « On se sent abandonnés, délaissés. Ici, à Karaleti, on est tout près de la frontière avec l’Ossétie du Sud. On vit dans l’angoisse d’une nouvelle guerre. » Il accompagne son propos d’un geste vague et las qui désigne l’horizon : l’Ossétie du Sud, à moins de 30 kilomètres.

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4 Réponses

  1. Guillaume, quel plaisir de vous lire tous les jours, de découvrir tes photos magnifiques. Merci de nous faire voyager loin de la moiteur parisienne. A très vite. xxxx

    • il me semble que c’est Elisabeth qui signe les papier et Guillaume les images, non ?

      • Pas toujours cher Cédric. La montagne merdique, par exemple, c’est Guigui. Je n’allais pas tomber dans un tel traquenard. Bises.

  2. Je vais a Karaleti aujourd’hui voir les IDPs. Et a Akhlasopeli, dans les montagnes d’en face. On se checke ce soir, la bise

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