Impressions tbilissiennes

Des impressions, c’est tout ce que j’ai réussi à glaner. En près de trois semaines, je n’ai pas le sentiment de m’être approprié la ville. Encore moins le pays. Tout ce que j’ai pu enregistrer, ce sont des sensations, des visages, des attitudes. Pas de vision globale ni d’avis définitif. Bien que très attachante, Tbilissi ne s’apprivoise pas comme ça. Alors, ce sera un post par bribes. Décousu, un peu à l’image de la capitale géorgienne. Un billet très subjectif, sans la moindre prétention journalistique.

ext_nuit

A l’abandon. Bien sûr, la capitale géorgienne est tout sauf une ville fantôme. Encore moins un amas de ruines. La vie palpite. La jeunesse encombre ses rues. Mais sa splendeur est comme laissée en friches. Rien n’est fait pour l’entretenir. Pas de lifting, ou si peu. Quelques ravalements « Ripolin » par ci, par là. Partout ailleurs, des immeubles aux façades décrépies, d’imposants portails de fer forgé qui donnent sur des cours boueuses, des maisons branlantes et affaissées, ornées de balcons ajourés comme de la dentelle.

L’abandon, c’est aussi cette nonchalance qui vous enveloppe et vous contamine. Le rythme est autre ici. Plus lent et désinvolte. On prend son temps. On est loin, très loin, de l’agitation fébrile des capitales occidentales. Ca peut irriter parfois (au restaurant ou dans les cafés notamment), mais on s’y fait vite. Cela explique peut-être la fréquence moindre de nos posts depuis quelques jours (enfin, on a aussi bossé quand même. Voir ici, ou encore )

Puzzle. J’aurais pu dire patchwork. Tbilissi ne se donne pas d’un coup, ni d’un seul bloc. Nulle harmonie haussmannienne, mais un agrégat de quartiers disparates. Il suffit d’emprunter un minuscule passage pour quitter l’effervescence de l’avenue Roustaveli et déboucher dans un quartier paisible, quasiment sans voiture, où les enfants et les chats courent dans les rues. Il suffit d’un coup de métro pour passer de la Place de la Liberté, avec sa statue rutilante et sa circulation anarchique, au marché central, enchevêtrement d’étals, de parasols, d’odeurs suaves et douceâtres, de bruits, de cris et de gens.

Les gens justement. On ne va pas tirer ici de généralités sur une prétendue « âme géorgienne ». Seulement égrener des visages qui nous ont marqués. Celui de la patronne du restaurant de khinkalis (ces raviolis dont on aspire le jus avant de les déguster). Avec son chignon tiré sous un bandeau, son maquillage sophistiqué et ses airs altiers, elle détonne au milieu de ses serveuses aux traits tirés et mal fagotées. Quelque chose d’une élégante mère maquerelle en elle. Ou la gueule d’Otto, le gérant d’un de nos lieux de perdition. Chevelure brune ondulée, épaisse moustache et visage anguleux, on dirait un personnage de Kusturica. Surtout lorsqu’il ne tient plus qu’à peine sur sa chaise. Ou encore la silhouette famélique de cette femme croisée une nuit dans la rue. Flottant dans ses vêtements sales, titubant sur le bitume, elle erre, mendiant des cigarettes. Un peu plus tard, nous retombons sur elle. Elle se dispute bruyamment avec un homme. Qui soudain l’attire à lui pour l’embrasser fougueusement, adossé à une voiture.

Ce ne sont que quelques fragments. Il faudra laisser décanter pour que tout cela prenne forme.

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